Extrait du Journal l'Alsace • 6 août 2006
Économie Feller Industries, l'ascensoriste sort de sa cage
Feller Industries est une entreprise de Soultz spécialisée dans l'installation, la réparation et la maintenance des ascenseurs. Ses activités sont florissantes, mais elle se heurte à des problèmes structurels de recrutement.
À première vue, Yves Feller a de quoi être heureux. Cet industriel installé dans la zone industrielle intercommunale à Soultz depuis 1988 vend des automatismes de portes et des ascenseurs, dont il assure la maintenance avec son équipe de 32 salariés. Depuis deux ans, son activité « explose » avec près de 25 % de hausse de chiffre d'affaires (3,5 millions d'euros cette année). Des résultats qui lui ont permis d'embaucher sept personnes. Et il aimerait faire encore mieux. « L'an dernier, nous tablions sur une croissance de 3 % du chiffre d'affaires. Nous avons atteint 16,73 % », explique Yves Feller. Cette croissance « hors norme », il la doit à la loi « Urbanisme et habitat » de juillet 2003, visant notamment à renforcer la sécurité des usagers des ascenseurs. La disposition avait été prise à la suite de plusieurs accidents tragiques, dont celui du petit Bilal (4 ans), qui avait trouvé la mort après une chute dans la cage d'ascenseur d'un immeuble de la Meinau, à Strasbourg, en 2002. Le décret sur la « sécurité des ascenseurs existants » paru au Journal Officiel en 2004 impose donc de nouvelles normes aux quelque 470 000 ascenseurs du parc national. « Nous avons certainement en France le plus vieux parc d'ascenseurs d'Europe, estime Yves Feller. Certains ont été mis en service au XIXe siècle ! » On comprend donc l'ampleur de la tâche. Chaque jour, une dizaine de devis arrivent sur les bureaux de son entreprise. Il en est sûr : « Avec cette loi, il y a du travail pour quinze ans ».
Pénurie de personnel
La disposition réglementaire fixe 18 points de sécurité, auxquels tous les appareils devront se conformer en trois étapes. Neuf de ces exigences devront être satisfaites d'ici 2008, comme l'installation d'un dispositif de contrôle et de verrouillage des portes palières. Les sept suivantes seront obligatoires en 2013 et les deux dernières en 2018. « La totalité du parc ne sera pas aux normes en 2018, assure le patron. Les entreprises n'arriveront pas à le couvrir entièrement, car elles manquent cruellement de personnel. Je trouve cela scandaleux qu'il y ait tant de travail et si peu de professionnels pour le faire. » L'opération est longue. Quinze jours à trois semaines d'intervention sont nécessaires à un technicien pour mettre un appareil en totale conformité.
Formation coûteuse
« Il nous faut deux ans pour former quelqu'un, explique Richard Gerber, responsable technique de Feller industries, car nous assurons les réparations sur toutes les marques d'ascenseurs, contrairement aux quatre multinationales du secteur (Schindler, Thyssen, Koné et Otis) qui ne s'occupent que de leurs propres produits. » Les ascensoristes puisent principalement dans les filières électrotechniques aux niveaux bac professionnel et BTS. La société s'apprête à embaucher deux salariés qui en sont issus et qu'elle a formés en alternance. « Dans un futur proche, nous aurions besoin de techniciens expérimentés, car la formation est longue et coûteuse. » Mais l'Éducation nationale n'a pas créé de « filière ascensoriste ». Les entreprises, par un système de vases communicants, recrutent plus chez leurs concurrents qu'elles n'admettent de personnes en formation. « On prépare des gens pour les métiers du textile alors qu'il y a peu de débouchés, s'insurge Yves Feller. Or, dans notre secteur, il y a un potentiel incroyable. Un bon ascensoriste peut frapper à toutes les portes, il aura du travail. » L'entreprise accepte des collégiens en stage d'observation et propose des stages de formation en collaboration avec le Greta Haute-Alsace (groupement d'établissements publics locaux d'enseignement). En espérant susciter quelques vocations.
Antoine Bonnetier
> L'équipe Feller Industries
